MURS DE SÉPARATION #1
Pièce stéreo - 8’29 - Alice Guerlot-Kourouklis - 2025
Au sein d’un immense réseau de flux transnationaux, nommé « globalisation » - où circulent capitaux, personnes, données, idées, marchandises, images, cultures - s’élèvent de plus en plus de murs de séparation ou murs-frontières.
Instrument architectural de séparation, « performance théâtralisée et spectacularisée »* du pouvoir qui se veut souverain, ces murs séparent la plupart du temps les zones riches des zones pauvres.
Massifs, « obstinément matériels »*, faits de béton, de briques, de fer, d’acier, de barbelés, ou de matériaux synthétiques, ces murs ont des impacts dévastateurs sur les territoires, les communautés, les cadres de vie et les écologies qu’ils traversent et scindent.
Censés être provisoires, ils deviennent permanents et prennent place dans un dispositif technologique qui vise à séparer physiquement et répartir spatialement deux populations bien souvent pourtant entrelacées.
Au delà de l’absurdité des conséquences (ville et voie de transport scindées, université coupée en deux, agriculteurices séparé·es de leur terre et ayant besoin d’une autorisation de passage) ces « décors politiques »* produisent aussi la violence d’une ouverture des barrières à géométrie variable, autrement dit, une forme de hiérarchisation des vies.
MURS DE SÉPARATION #1 est une première tentative de figurer et de traduire par le son, l’idée et le réel des murs-frontières, et forme le premier chapitre d’un projet plus ample autour de ces questions.
Ici, la pièce se focalise particulièrement sur les flux, la circulation de différentes matières et du vivant (échanges et séparation, échanges et transformations, fusion et partition), la réduction de l’espace, des échanges et de la diversité figurée par l’irruption d’un spectre riche et puissant se réduisant après un mouvement violent d’anéantissement, à une fréquence unique.
Produire du UN, l'érosion du son, la fréquence unique et au centre comme métaphore d’une ligne de démarcation assourdissante.
Enfin les images d’effacement et de réinscription, des écosystèmes dévastés après des millions de m2 de terre déplacés, des battements d’ailes progressivement électrifiés; des lieux de vie qui se transforment en lieux de combats ou de résistance.
* Wendy Brown, MURS, Les Prairies ordinaires, 2009
Diffusions :
MA/IN FESTIVAL - CRM (Centro Ricerche Musicali)- ARTE E SCIENZA - Concert EVENIENZE, Rome, 24 septembre 2026
Mecànicas Immersivas 3, Centro Nacional de las Artes, Mexico 2026
Sélection La Hora Acusmatica - Argentine, 2026
Journées d'informatiques musicales 2026, concert à l'Imaginariurm, Tourcoing 16 juin 2026
Journées Nationales de la musique Electroacoustique,Théatre de la licorne, Cannes, novembre 2025
Émission Epsilonia - électrons libres - Radio Libertaire 89.4 - 11 sept 2025
Auditorium Jacques Brel - Acousmonium CRD de Pantin - juin 2025
L'ACCIDENT
Pièce stéreo - 8' - Alice Guerlot-Kourouklis - 2026
à AW
Il n’y a aucune linéarité quand je me repasse mentalement le film de ton accident.
Des secondes qui ont précédé, des secondes qui ont suivi.
Des détails éparpillés dans le temps, des récits tout en fragments venant de bouches parfois inconnues, une chronologie désordonnée, un angle mort.
Il y a les jours qui passent depuis, mais de tout cela, je ne peux en dire grand chose.
Reconstituer le puzzle dont il manquera toujours des pièces ne donnera pas plus de sens à l’accident.
Il n’y a aucune linéarité quand je me repasse mentalement le film de ton accident.
De celui-ci , je n’en connais avec certitude, que le dénouement.
Diffusions :
Ciclo de concertos MERIDIANOS DA ESCUTA- Arte Sonora research Group - Brésil - 2026
Émission Epsilonia - 40 ANS - Radio Libertaire 89.4 - mai 2026
Auditorium Jacques Brel - Acousmonium CRD de Pantin - mars 2026
LA NUÉE
Pièce stéreo - 12'02 - Alice Guerlot-Kourouklis - 2026
En automne, à la tombée du jour, des centaines, voire des milliers d'étourneaux se rassemblent et commencent à voler ensemble. Ils forment une masse vivante et pulsante qui se tord, se contracte, s’étire et se referme avec une fluidité qui défie toute explication immédiate. La nuée ressemble tour à tour à un tissu liquide que le vent froisse et déplie, à une calligraphie géante tracée et effacée en quelques instants.
Ce qu'on appelle murmuration n'a pas de chef, et ne suit aucun plan.
Ses fonctions sont les suivantes : la défense contre les prédateurs, l’invitation sociale à se tenir chaud collectivement, le partage d’informations et de nourriture.
Les changements de direction partent toujours des oiseaux en périphérie. De ceux qui se trouvent aux bords, à la marge, ceux qui de par leur position voient à la fois le dedans et le dehors. Mais ces changements de direction ne tiennent leur existence que par la réponse immédiate de ceux qui sont proches, et, d'eux aux suivants, la propagation de l’onde qui emporte la multitude.
Cette pièce explore cette idée, elle s'intéresse aux fréquences et aux voix qui émanent des marges.
Les changements viennent des bords, mais l’enjeu est la contagion.
Diffusions :
Auditorium Jacques Brel - Acousmonium CRD de Pantin - juin 2026
DISSOLVING VIEWS
Pièce stéreo - 6’35 - Alice Guerlot-Kourouklis - 2025
« Où sommes-nous lorsque nous voyageons ? » *
Pendant longtemps je suis allée rendre visite à mon père en Crète sans prendre l’avion. Le voyage durait entre 3 et 4 jours, et comprenait un ou deux trains, un car et deux nuits de bateau.
Temps et espaces articulés de manière inédite, traversée de lieux et non-lieux dans le lieu-objet dans lequel on se trouve, transformation progressive du paysage visuel et sonore, toutes ces vies à côtés desquelles on passe sans s’arrêter et que la vitesse ou la distance ne nous laissent qu’entrapercevoir de manière furtive.
Traversée et rencontre de rythmes hétéroclites qui se mélangent ou non, vitesses de déplacement, rythmes de notre corps jamais identiques d’un instant à un autre.
Ce qui arrive, comme un agencement hasardeux d’évènements, parfois heureux, parfois tragique.
Dissolving Views, c’est aussi ce moment, quand à la nuit tombante, surgit le reflet immobile de notre visage dans la vitre à travers laquelle on regardait le paysage en mouvement, et que l’on s’aperçoit que l’on était déjà dans un ailleurs, parfois au plus profond de soi-même.
* Paul Virilio, Esthétique de la disparition, Le Livre de Poche, 1994
Photographie : Clara Chichin
Diffusions :
Auditorium Jacques Brel - Acousmonium CRD de Pantin - 2025